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FDESR 62

 

Longtemps, l'adhérent du parti lepéniste était un homme peu diplômé. Depuis la montée de Marine Le Pen, cela a changé.

Le 15 et 16 janvier prochain, le Front national va tourner une page de son histoire. Au moment où Jean-Marie Le Pen aimerait passer le relais à sa fille, nous nous sommes intéressés aux militants qui vont décider de l'avenir de ce mouvement politique.

Le Front, combien de divisions?

Cette question agite depuis des années le landernau politico-médiatique. La direction du FN ayant toujours pris soin de ne pas communiquer officiellement sur ce chiffre. Pourtant le 17 décembre dernier, Jean-Marie Le Pen se laisse aller à quelques confidences. Selon lui, le Front national totaliserait 31.000 adhérents.

Un chiffre que l'on sait désormais largement surévalué puisque le vieux tribun frontiste aurait habilement additionné les militants à jour de cotisations à ceux qui auraient moins d'un an de retard de paiement. Néanmoins seuls les adhérents qui se sont acquittés de leur règlement avant le 10 décembre peuvent participer au vote par correspondance qui permettra d'élire le futur président, dont le nom (Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch) sera dévoilé au congrès de Tours, dimanche 16 janvier.

Combien sont-ils? 22.373 selon Minute, l'hebdo d'extrême droite qui dit s'être procuré la liste électorale du scrutin remise à l'huissier de justice chargé de surveiller ces élections internes. Jean-François Jalkh, président de la commission électorale déclare de son côté que le «chiffre restera secret jusqu'au moment du dépouillement».

Pour se faire une idée du nombre réel de militants, on peut se tourner vers les quelques chiffres officiels disponibles.

A son apogée en 1998, avant la scission avec Bruno Mégret qui lui fera perdre près de 50% de ses militants, le Front national comptait 42.000 adhérents. Un chiffre incontestable puisqu'il correspond aux fichiers saisis par la police lors du procès fratricide opposant mégretistes et lepénistes. Même si un nombre important de militants du MNR a fini par regagner ses pénates, «le FN n'a jamais retrouvé cette force militante», estime Jean-Yves Camus, politologue et chercheur associé à l'Iris..

Si l'on se réfère à la dernière publication officielle de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) datée de 2009, le montant total des cotisations des adhérents du Front national s'élevait à 401.458€. En divisant ce montant par le prix moyen d’une cotisation (30 euros), on obtient 13.381 militants pour l'année 2009.

A en croire les dirigeants du FN, le nombre d'adhérents aurait donc plus que doublé en l'espace d'une année. Jean-François Jalkh, secrétaire général du FN, considère ainsi que son parti a connu une «progression importante du nombre de ses militants (...) nous sommes redevenus la troisième force politique du pays». Pourtant même si l'on tient compte du relatif succès du FN aux régionales et de la campagne interne qui a forcément engendré un courant d'adhésions, «l'ampleur de cette augmentation du nombre d'adhérents en l'espace d'un an semble impossible», selon Jean-Yves Camus. «De toute évidence, ils ont gagné des adhérents mais pas dans cette proportion. Ça ne correspond d'ailleurs pas à la réalité du terrain.»

Tentative de définition du militant FN

Si «le vote FN est le plus masculin, le moins diplômé et le plus péri-urbain» des électeurs français dressé par le sociologue Erwan Lecoeur, ce portrait type ne correspond pas à celui des militants. Jean-Yves Camus illustre ce paradoxe avec un exemple:

«Il y a très peu d'enseignants qui votent FN, mais il y a des enseignants en nombre respectable parmi les cadres du Front national.»

Le sociologue Daniel Bizeul, qui a partagé durant 3 ans (de 1996 à 1999) le quotidien de militants frontistes issus de la région parisienne, reconnaît la difficulté de faire surgir un tel portrait robot:

«L'adhésion à un parti ne signifie pas le partage d'une même personnalité ni le partage d'une même base socio-économique (...) Les militants du FN sont issus de milieux sociaux très disparates, on retrouve des gens d'extraction ouvrière, issus des milieux bourgeois, des personnalités qui vivent en marge de la société. Il n'y a pas de portrait tracé, c'est un groupe très hétérogène.»

D'une province à l'autre, la sociologie des militants peut être très différente puisqu'elle varie selon le «profil socio-économique de la région», souligne le chercheur Sylvain Crépon. «Dans les territoires du Languedoc et Provence-Alpes-Côte d'Azur, vous retrouverez davantage de retraités et de classes supérieures que dans le Nord-Pas-de-Calais où les militants sont davantage issus des couches populaires», confirme Jean-Yves Camus.

Le sociologue remarque cependant que la propotion de militants issus des différents courants de l'extrême droite radicale «est plus faible que par le passé pour des raisons essentiellement générationnelles» mais l'on manque de données factuelles pour en définir le nombre restant. Selon Erwan Lecoeur, les «vieux compagnons d'armes de Jean-Marie Le Pen issus de l'Algérie française, pétainistes ou monarchistes sont en tout cas devenus ultra minoritaires». «Depuis 2007, beaucoup de catholiques traditionalistes ont quitté le Front natinal en raison de l'influence prise par Marine Le Pen tandis que les plus racialistes ont fini par rejoindre le Bloc Identitaire. Ceux qui sont restés ont mis beaucoup d'eau dans leur vin», observe-t-il.

[Pour en savoir + sur l'extrême droite radicale]

La nouvelle génération frontiste

En l'espace d'une décennie et sous l'impulsion d'une Marine Le Pen incarnant une «certaine modernité», la base militante a bien évolué. Sylvain Crépon qui a longuement enquêté sur la jeunesse frontiste note que le parti «séduit davantage les jeunes» que par le passé même si «lors des deux dernières fêtes de Jeanne d'Arc, le Front national de la Jeunesse (FNJ) n'a pas réalisé de démonstrations de force».

[Pour en savoir + sur les vagues principales de militants]

De sa position de secrétaire général du parti, Jean-François Jalkh observe également «une évolution assez nette de la base militante, le niveau d'étude est plus élevé que par le passé». Des propos que confirme Erwan Lecoeur, «c'est une réalité, les militants du FN sont plus diplômés et ces nouveaux venus acquièrent d'ailleurs des postes importants assez rapidement comme Louis Alliot ou Olivier Martinelli (...) Ils viennent sur la promesse de Marine Le Pen d'accéder au pouvoir».

Dans ce parti aux valeurs patriarcales assumées, Sylvain Crépon note même une certaine «féminisation» du socle militant. «Il y a dix ans, il y avait 90% d'hommes. Aujourd'hui, il y a davantage de femmes et elles sont davantage mises en avant.» Jean-François Jalkh ne dit pas autre chose quand il reconnaît que les membres du FN ont longtemps été majoritairement masculins mais «ce déficit a tendance à se corriger».

Une impression confirmée lors des élections régionales où de nombreuses jeunes femmes sont apparues aux devant des caméras (Laura Lussaud dans l'Ouest, Stéphanie Koca dans le Nord-Pas-de-Calais et enfin comme un symbole Marion Le Pen en Ile-de-France). Un «effet dû à l'obligation légale de parité», tempère toutefois Jean-François Jalkh. 

Une communauté familiale

Alors que les militants frontistes recouvrent des réalités sociales très différentes, l'unité partisane qui les anime minimise leurs divergences. «Le Front national est un parti famille créant une cohésion forte de ses membres en leur donnant une haute idée de leur appartenance commune», explique Erwan Lecoeur. «Ces militants récents ou de longue date, venus du RPR des années 1980 ou de la gauche parfois, mais plus souvent issus d'aucun parti, sont avant tout unis dans un même rejet de la classe politique et des institutions, dont ils ne cessent de décrier les compromissions.»

Cette communauté militante trouve dans ses liens de contiguïté intra-groupal de quoi alimenter son aspiration différentialiste. Les fêtes du FN sont vécues comme autant de réunions familiales permettant de rassembler le camp national. «Il existe une camaraderie et une entraide sincère», au sein du parti frontiste reconnaît Sylvain Crépon. Le FN s'est d'ailleurs beaucoup inspiré de la méthodologie du Parti communiste français pour structurer et fédérer sa base militante.

Adhérer au Front national représente toujours un extrême engagement, «ça vous marque dans votre milieu professionnel et familial, souligne Jean-Yves Camus. Les militants frontistes subissent une forme d'ostracisme social qu'il ne faut pas négliger.» Un vieux chant de l'extrême droite, les Lansquenets permet de mieux comprendre leur état d'esprit: «Ce monde vétuste et sans joie (...) croulera demain devant notre foi» bravant «insultes et horizons» au nom de «notre idéal (...) un ordre nouveau et national.» «Le Front est une armée», n'hésite pas à marteler le «commandant» Bruno Gollnisch.

Dans son livre intitulé Un néo-populisme à la française, Erwan Lecoeur analyse en détails le ressenti des militants et finit par conclure que la force du FN est d'avoir su «procurer une identité, en rupture avec le système (...) Le nationalisme, le populisme ou le racisme sont alors compréhensibles comme des outils efficaces car ils ordonnent le monde en deux camps distinct: Nous et Eux. Le camp des vaincus et des réprouvés». Ce «sentiment d'être les vaincus de l'histoire récente et les parias de la vie politique et sociale est sciemment entretenu par les dirigeants du FN depuis des années», constate Daniel Bizeul.


David Doucet

 

 

Slate.fr

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La FDESR 62 est le porte-parole de l’ensemble des élus socialistes et des élus locaux républicains qui ont choisi de se réunir dans un même mouvement.

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