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FDESR 62

 

 

A Dijon, devant plusieurs milliers d’élus, François Hollande s’est exprimé pendant plus d’une heure trente sur sa conception de la République, une « république qui rassemble », loin du pugilat auquel a donné lieu ces derniers jours le déroulement de la campagne présidentielle. Le candidat, dans son discours, a précisé ses idées sur la façon qu’il aurait de « présider la République » comme il avait commencé à l’énoncer lors du rassemblement du Bourget le 22 janvier dernier : fin du cumul des mandats, scrutin proportionnel pour les législatives, nouvelle étape de la décentralisation, liberté de la presse, règles des nominations revues, impartialité du chef de l’Etat…


François Hollande en dressant son projet pour la France, en creux, a fait apparaître les manquements et les excès d’un quinquennat qui se termine dans la stratégie de la tension entre les Français selon les origines ou leur statut social.


Revenant sur les polémiques de ces derniers jours, il a exprimé sa doctrine concernant les fonctionnaires : « la seule loyauté qui leur sera réclamée, sera celle à l’égard de l’Etat et non à l’égard du chef de l’Etat. ». Nous sommes loin de « l’épuration » dans la haute fonction publique prédite par Nicolas Sarkozy lors de son déplacement à Bayonne en cas de victoire du candidat socialiste.


Bien loi de ces invectives, c’est une nouvelle façon de présider la République qui a été détaillée à Dijon: un parlement qui retrouve des droits, une évaluation tous les six mois de l’action gouvernementale, un nouveau contrat entre les collectivités locales et l’Etat pour faire converger leur force, un président qui n’est pas chef de parti, mais chef de l’Etat, une République laïque, démocratique sociale et impartiale. Bref, un nouvel esprit démocratique qui soufflerait en France à partir du 7 mai si François Hollande était élu président de la République. 


Nous vous proposons de retrouver les principaux extraits de cette intervention remet au centre de l’élection présidentielle, des propositions, des valeurs, une vision de la République.


 

Les principaux extraits et engagements du discours de François Hollande

Le conseil de François Mitterrand: Je n’oublierai jamais le conseil qu’avait donné François Mitterrand à la fin de son second septennat, c’était au Congrès des maires de France en novembre 1994. Il leur avait dit cette chose simple que j’ai gardée en mémoire : « pour être président de la République, il faut aimer la France ». Et il ajoutait : « pour être aimé, mieux vaut être aimable ». La leçon vaut bien au-delà d’ici, et elle doit être entendue partout. C’est parce que j’aime la France que je me suis porté candidat à la présidence de la République. Parce que je refuse de la voire affaibli, abaissée, amoindrie, abîmée.


Une campagne présidentielle n’est pas un pugilat. C’est un moment de vérité. Deux conceptions de la société, deux philosophies politiques, deux visions de l’avenir, deux manières de présider la France se font face. C’est une confrontation. Elle peut être belle, si elle n’est pas dégradée. C’est un combat qui n’est pas un pugilat, qui ne doit pas être une façon de dénigrer l’autre, mais une façon de nous rehausser nous-mêmes. (…) Je n’ai pas été insensible à tous les « compliments » qui m’ont été faits par le camp d’en face ou à certaines promotions verbales qui parfois peuvent être des provocations. Mais je veille chaque jour à ne pas me laisser entraîner par la polémique, par la surenchère, par l’inflation du verbe. Les mots, qui ont toujours un sens, doivent être maîtrisés ! Les expressions qui parfois peuvent échapper à la pensée de leur auteur – c’est possible ! – doivent être retenues. Et les propositions doivent être faites pour convaincre et pas simplement pour vaincre l’adversaire du moment. Quant aux personnes, n’oublions pas, quels que soient nos sentiments, que l’un des candidats sera le prochain président. Bref, soyons à la hauteur de ce qu’attendent les Français, de ce qu’ils vivent, des enjeux du pays, de l’Europe qui nous attend, du monde qui nous regarde.


Ma conception de la présidence : Aimer la France, c’est la servir. Aussi, je suis venu ici, devant vous, élus de la République, pour vous livrer ma conception de la présidence. Vous dire comment diriger un grand pays comme la France, avec ses cultures politiques contradictoires, ses conflits d’intérêts, ses urgences brûlantes, ses attentes multiples. Un grand pays partagé entre la reconnaissance des diversités et le besoin d’unité nationale. Un pays dont le peuple aspire à être autant dirigé qu’écouté. Un pays qui attend beaucoup de l’Etat, parfois trop, mais s’en méfie tout autant. Un pays qui s’interroge sur son destin, sur son avenir, sur sa place en Europe dans le monde.


L’omniprésidence. Depuis 5 ans, nous vivons sous le règne de l’omniprésidence. (…) Le régime d’un seul – parce qu’élu par toute la Nation –, qui prétend pouvoir décider de tout, sur tout, partout – en fait, certains l’ont reconnu ! Je m’interrogeais, je m’inquiétais – mais en fait, au-delà de cette tentation que d’autres avant lui ont pu connaître, l’omnipotence conduit à l’impuissance. A vouloir concentrer tous les pouvoirs, on finit par n’en exercer aucun ! Et cette impuissance elle-même engendre l’irresponsabilité. L’irresponsabilité, où ce qui est dit n’est pas fait et où ce qui est fait n’est pas dit. Bref, un système où le bilan n’est pas revendiqué, où l’erreur n’est pas reconnue et où l’échec est toujours mis sur le compte d’autrui plutôt que sur soi-même.


Evaluer tous les 6 mois les résultats des actions entreprises, vote de confiance chaque année. Le premier devoir du prochain président sera de rendre des comptes, de dire régulièrement au pays le sens de l’action publique, de présenter tous les six mois l’évaluation des résultats par rapport aux objectifs, de donner au Parlement les moyens efficaces pour contrôler les politiques publiques, et de vérifier chaque année la confiance de l’Assemblée nationale à l’égard du gouvernement.


Le prochain président devra montrer l’exemple : «  Aujourd’hui, le premier engagement que je prends devant vous, c’est d’en terminer avec les outrances, d’en finir avec le « toujours trop », avec la confusion des genres, et d’ouvrir un temps nouveau : celui de la constance, de la cohérence, de la clarté. »

Le prochain président sera indépendant. « Indépendant, d’abord, de son propre parti. Socialiste je suis, socialiste je resterai. Mais je ne serai jamais le chef de mon parti ! Non pas parce que je l’ai déjà été, mais parce que la fonction présidentielle fait que celui qui l’exerce n’est plus le chef d’un parti : il est le chef de l’Etat. Indépendant de son parti veut dire que je n’aurai pas à nommer les responsables de ma formation politique. Je n’aurai même pas à contribuer par mes amitiés à son financement. Et je ne recevrai pas à l’Elysée les parlementaires qui me soutiennent. Le rôle des parlementaires et d’être au Parlement ! Indépendant, oui ! Indépendant des puissances de l’argent. Le nouveau président se doit de les mettre à distance, de n’entretenir ni complaisance, ni connivence – pas davantage d’indifférence. Recevoir les patrons du Cac 40 ? Autant que nécessaire. Etre invité par eux ? Le moins possible ! Etre indépendant, c’est être le garant de la laïcité. Respecter scrupuleusement la neutralité de l’Etat, la liberté de conscience et faire à tout moment la distinction entre sa propre croyance personnelle, respectable au demeurant, et la représentation de tous les Français dans leur diversité.


« Si je suis élu président de la République, il y aura donc un gouvernement ».
 Le nouveau président décidera – mais pas de tout. Il décidera de l’essentiel, du cap à tenir, de la route à suivre. L’omniprésence est néfaste, ou plutôt elle est illusoire. « C’est être nulle part que d’être partout », disait Montaigne. (…) Le gouvernement jouera tout son rôle – et j’entends retrouver la lettre de notre constitution : le Premier ministre ne doit pas être un collaborateur, mais l’animateur d’une équipe. Le gouvernement déterminera et conduira la politique de la Nation. Les ministres ne seront pas des souffre-douleur, des faire-valoir, des prête-noms. Ils seront les chefs de leur administration. Bref, je suis venu vous annoncer une grande nouvelle ici à Dijon : si je suis élu président de la République, il y aura donc un gouvernement !


« Des fonctionnaires moqués comme des petits pois ». Nous avons la chance, ici en France, et depuis des décennies, d’avoir une fonction publique de grande qualité, recrutée dans l’excellence, et enviée par beaucoup de nos voisins. La représentation de l’Etat, ce sont les préfets dans les départements et les régions, des ambassadeurs partout dans le monde, des directeurs d’administration centrale chargés de prendre en charge les grands dossiers du pays, et enfin des magistrats qui rendent la justice au nom du peuple Français.  Je ne suis pas sûr que ces hauts fonctionnaires, que ces magistrats, aient été bien traités, ces cinq dernières années. Déplacés comme des pions, moqués comme des petits pois, regardés comme des gêneurs, contournés comme des obstacles, considérés comme des subalternes… Je déplore également que durant le quinquennat qui s’achève, il ait été procédé à des nominations partisanes, parfois issues des cercles les plus proches et les plus intimes, voire des obligés, particulièrement au ministère de l’Intérieur, et même au service des renseignements. Mais pour se renseigner sur qui ? Et sur quoi ? Cette politique de nomination a été jusqu’aux établissements financiers, jusqu’à l’audiovisuel public, et même dans les services hospitaliers. Ce n’est pas ma conception. A l’avenir, les hauts fonctionnaires seront nommés sur leurs compétences et leur expérience ; et la seule loyauté, la seule qui leur sera réclamée, sera celle à l’égard de l’Etat et non à l’égard du chef de l’Etat.

 

De nouveaux droits seront reconnus au Parlement pour contrôler le gouvernement, enquêter sur les dysfonctionnements de l’administration, engager de grands débats. Et il y en a ! Sur l’énergie, sur le nucléaire, sur les lois de bioéthique : voilà de belles délibérations pour un Parlement doté de pouvoirs. Lever la contradiction et arbitrer entre les intérêts. L’opposition sera pleinement associée à ces initiatives.


Cumul des mandats : Je ferai voter dès les débuts du prochain quinquennat, la fin du cumul d’un mandat parlementaire avec une fonction d’exécutif local.

Proportionnelle. Le Parlement en lui même doit mieux représenter le pays. Nous introduirons donc une part de proportionnelle dans le mode de scrutin législatif.


Le conseil supérieur de la magistrature sera réformé. Les magistrats du Parquet seront nommés dans les mêmes conditions que ceux du Siège. Et la justice appartiendra pleinement au peuple Français, au nom duquel d’ailleurs, elle rend ses décisions.


Des nouvelles aides pour la presse. Je respecterai la liberté d’information. Sans le droit de tout dire, et de le dire en dehors de toute contrainte, il n’est pas de République. La presse écrite doit, dans notre pays, jouer un rôle majeur, y compris avec la révolution numérique. (…) Alors si nous voulons qu’il y ait toujours cette liberté de la presse, nous avons besoin d’une presse indépendante et d’une presse écrite vivante. Nous aurons à revoir les aides à la presse.


Une nouvelle instance de régulation de l’audiovisuel. Ses membres seront nommés par les commissions des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale et du Sénat, à la majorité qualifiée des trois cinquièmes. C’en sera fini de ce pouvoir, qu’un seul s’était arrogé pour nommer les présidents des sociétés d’audiovisuel publiques. Ce sera cette instance, le conseil supérieur de l’audiovisuel, qui élira les prochains responsables des chaînes publiques, contrôlera leur cahier des charges et renforcera la spécificité de ces chaînes, c’est-à-dire le service public.

On cherche les corps, on s’inquiète des têtes Le nouveau Président reconnaîtra les forces vives de la Nation. On les appelle les corps intermédiaires : drôle d’expression d’ailleurs. On cherche les corps, on s’inquiète des têtes. Mais pourquoi « intermédiaires » ? Mais parce que c’est précisément ceux-là qui nous permettent d’être représentés dans la société. Les collectivités locales, les partenaires sociaux, les associations, les mutuelles, les groupements professionnels : bref ! Tout cela fait que nous sommes ensemble, dans la même société. Le candidat sortant s’en méfie. Il les contourne, voire même les dénonce. Eh bien ce n’est pas ma démarche ! Je travaillerai avec cette somme d’énergie que sont les représentations citoyennes, économiques, sociales. C’est un atout extraordinaire pour notre peuple. Je sais aujourd’hui que ces forces-là se découragent, qu’elles étouffent, qu’elles voudraient davantage de place. Je leur demande un peu de patience, un tout petit peu de patience : nous arrivons au mois de mai.


Rferendum : « On ne convoque pas le peuple Français sur une cause secondaire ». Le référendum doit être un instrument de consultation du peuple lorsqu’il y a nécessité à le faire. Je note d’ailleurs que depuis 5 ans, il n’en a pas été fait usage, alors que plusieurs fois la demande en avait été faite (…) En même temps le recours au référendum peut se justifier dans deux cas de figure : un changement institutionnel d’ampleur, nécessitant une révision profonde de la constitution. Ce fut le cas en 1962, quand le Général de Gaulle a proposé au peuple français d’élire le Président de la République au suffrage universel direct. Ce fut le cas aussi quand le quinquennat a été institué. Le second cas de figure, c’est le transfert de souveraineté, comme en 1992 quand François Mitterrand a demandé aux Français de ratifier le traité de Maastricht, pour engager la marche vers l’euro ; comme en 2005, quand Jacques Chirac a demandé au peuple français d’approuver – en fait de désapprouver – le traité constitutionnel européen. On ne convoque pas le peuple Français sur une cause secondaire. C’est sur un enjeu majeur qu’il doit être appelé à se prononcer. C’est cela, respecter le peuple français.


« On accuse les élus locaux d’incurie budgétaire »: Depuis cinq ans, l’autonomie fiscale des collectivités locales a été réduite. Les transferts de charges n’ont plus été compensés. Les préfets ont été incités à fixer les limites de nos communautés de communes. Et la maîtrise par nos territoires de nos propres destins a été, à chaque étape, mise en cause. Et voilà que le candidat sortant se permet de nous faire la morale, accusant les élus d’incurie budgétaire, d’irresponsabilité financière, d’incapacité dans la gestion des personnels ! Alors, je vais faire les rappels à l’ordre qui conviennent. Je rappelle que 80 % de la dette publique en France, c’est la dette de l’Etat. Je rappelle que le déficit de l’Etat est 67 fois supérieur à celui des collectivités locales. Je rappelle que les collectivités locales assurent plus des trois quarts de l’investissement public national. Et je rappelle enfin que les collectivités locales n’ont pas la possibilité de présenter leur budget de fonctionnement en déficit, et qu’il leur est interdit d’emprunter un euro pour leurs charges courantes. Si l’Etat était soumis aux mêmes contraintes que les collectivités locales, sa défaillance aurait été constatée depuis longtemps ! Et c’est la Cour des comptes qui ferait l’exécution du budget national ! Car aujourd’hui, près d’un tiers — un tiers ! — des dépenses de fonctionnement de l’Etat est couvert par l’emprunt. Il y a une seule conclusion à tirer de ces rappels, c’est que la Gauche fait confiance aux élus et que la Droite s’en méfie ; que la Gauche leur propose des contrats et que la Droite leur impose des décrets.


Mes trois convictions pour une nouvelle étape de la décentralisation. Au moment où il faut redresser la France, où il faut chercher des gisements pour l’investissement, pour la formation, pour l’innovation, c’est sur les territoires que nous les trouverons. J’ai une deuxième conviction, c’est que la décentralisation permettra la réforme de l’Etat. Elle sera un facteur de clarté, de responsabilité. Elle écartera les superpositions, les enchevêtrements, les confusions. Elle sera même une source d’efficacité de la dépense publique, car il y aura forcément, partout, des économies à faire pour mieux servir les Français sans qu’il soit besoin de rehausser les prélèvements. Ma dernière condition, c’est que c’est la mobilisation commune de l’Etat et des collectivités locales qui nous permettra — qui me permettra — de traduire les priorités que j’ai présentées devant le pays : le soutien des PME, la formation des jeunes, la petite enfance, le logement mais aussi la rénovation de nos universités, la recherche, la culture, l’environnement, l’écologie. C’est ensemble, Etat et collectivités locales, que nous arriverons à être à la hauteur des attentes qui sont portées sur nous.


Je ferai voter une loi sur les territoires de la République, qui sera présentée au Parlement avant la fin de cette année. Ce sera une des grandes réformes structurelles qui marqueront le début du quinquennat. Nous définirons là les bases du pacte de confiance et de solidarité entre l’Etat et les territoires de métropole comme d’Outre-mer pour la durée du quinquennat : objectifs en matière aménagement, règles stables sur les financements de l’Etat pour les cinq ans, engagement réciproque sur la période par rapport aux grandes priorités que j’aurai présentées.


Création d’un Haut conseil des territoires. Les représentants des élus s’y réuniront régulièrement avec l’Etat, instance de concertation, de proposition, qui s’appuiera sur le Sénat qui doit rester le grand conseil des collectivités locales, puisque c’est son rôle dans la République.


J’engagerai une réforme de la fiscalité locale avec un seul objectif : la justice ; la justice entre les contribuables, la justice entre les territoires. L’impôt local est un élément de l’autonomie des communes, des départements qui en sont maintenant privés ou presque, et des régions à qui l’on a ôté toute fiscalité. Les citoyens doivent pouvoir juger l’action de leurs élus. Et la responsabilité n’existe que si les élus sont capables de fixer les contributions locales et de rendre compte de l’usage qui est fait des deniers publics. C’est cela, la démocratie locale. Mais je renforcerai parallèlement la solidarité financière de l’Etat et des collectivités locales vers les territoires. Je ferai de la péréquation entre collectivités un levier de la solidarité territoriale. Il est normal — et je ne veux stigmatiser personne ! — que Neuilly-sur-Seine paie pour Bobigny. Ça s’appelle la justice ! Ça s’appelle la justice entre les territoires !


Aux régions, la préparation de l’avenir. Mais je veux donner aussi, et c’est tout l’enjeu de cet acte de décentralisation, une plus grande lisibilité à notre organisation territoriale. Aux régions le développement économique, l’aménagement du territoire, les transports publics, la formation, bref la préparation de l’avenir. Elles doivent être parties prenantes des politiques de l’emploi, pleinement associées à la gestion de la Banque publique d’investissement que nous allons créer et aux outils de financement pour les PME, pour l’innovation, pour l’économie sociale et solidaire. Des compétences leur seront reconnues en matière d’investissement dans l’enseignement supérieur et dans la recherche. Elles doivent aussi pouvoir disposer d’un pouvoir réglementaire leur permettant d’adapter la loi nationale aux réalités du territoire. Il reviendra au Parlement d’en décider à l’occasion de chaque loi. Et enfin, la gestion des fonds structurels européens devra être décidée par les régions, et non pas par l’Etat. Ce sont les régions qui doivent savoir ce qui est fait et ce qui doit être réparti sur le territoire.

Aux départements, le rôle d’assurer et de renforcer les solidarités sociales et territoriales. Ils n’y parviendront que si les conseils généraux disposent de nouvelles ressources pour assumer les enjeux du handicap et du grand vieillissement. J’ai annoncé la reforme de la dépendance, qui a été tellement promise et jamais engagée. J’ai dit que cette fois-ci, ce sera fait, parce que c’est un devoir, un devoir à l’égard des plus anciens, un devoir à l’égard de leurs familles, un devoir de dignité. Cette réforme exigera de recourir à des recettes nouvelles, puisque les seules allocations dites APA n’y suffisent pas. Il y a deux façons de faire, soit aller chercher les techniques de l’assurance privée qui forcément, c’est son rôle, sélectionnera les âges, les risques, et peut-être même les fortunes. Et donc, nous avons comme option — oui, c’est vrai — la solidarité nationale, c’est-à-dire le fait que chacun, chacune, devra contribuer le plus tôt possible pour préparer sa fin de vie. C’est le sens de la réforme que nous conduirons.


La fin au conseiller territorial — vous savez, cet être hybride qui ne verra jamais le jour. Ce qui supposera de revenir au mode de scrutin qui existait pour les conseils régionaux ; et pour les conseils généraux d’inventer un nouveau mode de scrutin qui devra assurer une proximité mais aussi une meilleure représentation de toutes les sensibilités, et respecter le principe de parité posé dans la Constitution.


L’intercommunalité et les grandes métropoles françaises. Mais c’est vrai aussi qu’il n’y aura d’avenir de la commune que s’il y a une intercommunalité de projets qui se donne une nouvelle structure avec un fonctionnement démocratique — ce qui suppose d’élire les conseils communautaires au suffrage universel en même temps que les conseils municipaux. (…) Nous avons besoin de grandes métropoles européennes. Et là encore, il faudra franchir un pas décisif. Il faudra doter ces grandes agglomérations, celles qui pèseront à l’échelle de l’Europe et du monde, d’un statut métropolitain simple et attractif, adapté à chacune des agglomérations, leur permettant d’atteindre en termes de compétences, de ressources, de moyens, le niveau requis à l’échelle de l’Europe.


Paris. La France est d’autant plus grande que Paris est plus grand. C’est notre fierté, Paris, et nous n’irons jamais opposer les régions de France et notre capitale. (…) je fais confiance aux élus de cette agglomération, grande agglomération, capitale de la France, pour définir ensemble les outils de la solidarité métropolitaine et pour inventer la structure et l’administration qui permettront de mobiliser les élus locaux. Et je fais confiance à leur créativité et à leur sens des responsabilités.

Lutter contre la désertification de pans entiers de notre territoire. L’une des grandes menaces qui pèsent sur notre pays, c’est la désertification de pans entiers de notre territoire. Il faudra mener une politique volontariste — je prends le mot à dessein — pour conduire en zone rurale les réformes nécessaires, préserver les services publics, et les écoles en particulier, permettre les transports ferroviaires, assurer les réseaux de communication. C’est pourquoi j’ai pris l’engagement de couvrir d’ici à dix ans l’ensemble du territoire de très haut débit, parce que nous avons besoin de l’accès à toutes les informations.


Les banlieues. Les services publics y ont été affaiblis, l’école y a été sacrifiée. La police a été, en définitive, souvent enlevée de ces quartiers, et le terrain laissé à une autre loi : la loi de la force, la loi des caïds qui prétendent, comme à Marseille, faire la loi à la place de la République ! Eh bien, dans ces territoires enclavés et parfois ségrégés, si loin de nos métropoles et parfois si proches aussi, la République ne passe plus. Et avec elle, ce sont l’instruction, la protection, la solidarité, la santé qui ne passent plus. Eh bien, moi, je propose un pacte démocratique à toute la France : c’est qu’aucun enfant de la République ne puisse se considérer hors de la République ! Il ne doit pas y avoir un quartier, une cité, une zone urbaine qui n’appartienne pleinement, totalement, entièrement à la République !

Les secteurs prioritaires de la fonction publique : éducation, recherche, sécurité et justice. Les fonctionnaires, je veux saluer leur dévouement, leurs compétences et leur sens des responsabilités. Je veux leur dire ma confiance. Je ne leur dis pas que tout sera possible au lendemain de notre victoire. Partout il faudra rechercher la meilleure façon d’offrir des services à la population. Et j’ai déjà dit que si nous stabiliserons les effectifs de la fonction publique, je donnerai priorité à l’éducation, à la recherche, à la sécurité et à la justice.


La République nous rassemble. Chers amis, l’Etat c’est la République. La République, ce sont des valeurs. C’est une histoire. La vôtre, la nôtre. (…) C’est notre histoire ! C’est l’histoire de la France, qui nous unit, qui nous rassemble, qui nous réconcilie au-delà de nos différences ! Voilà pourquoi je m’assigne cette belle tâche, si les Français m’accordent leur confiance, de rassembler et de réconcilier autour de la plus belle cause qui soit : la promesse de la République.

La 61ème proposition. J’ai fait 60 propositions. C’était lors de notre rassemblement du Bourget. J’en formule devant vous une 61ème ! (…)  Elle se résume tout simplement à l’application du premier article de notre constitution : « la France est une république indivisible, démocratique, laïque et sociale ». Voilà l’engagement que je prends ! »


Ratifier la charte des langues régionales. La République indivisible, c’est celle qui est fière de sa langue : la langue française. Belle langue ! Langue de la diversité, langue de l’exception, langue de la culture. Langue qui s’offre aux autres. Et parce que nous ne craignons rien pour la langue française, nous ratifierons aussi la charte des langues régionales – parce que c’est aussi une demande qui nous est faite et qui est légitime.


La République démocratique, oui – parce qu’elle ne l’est pas assez. Parce que nos modes de scrutin devront être modernisés. Parce que la parité devra être installée partout. Parce que la diversité, celle que je vois ici, devra se retrouver au Parlement, au gouvernement de la France, partout où il y a des lieux de décisions. La démocratie, parce que quand des personnes vivent sur notre territoire depuis des années – c’est déjà fait pour les résidents communautaires, ce sera fait pour les résidents non communautaires –, ces personnes-là ont bien le droit de voter aux seules élections municipales sans que nous n’ayons rien à craindre sur notre citoyenneté, ou notre cohésion nationale, ou notre liberté !


Le droit de pétition sera élargi, reconnu – et les assemblées locales devront se prononcer sur les sujets que les citoyens eux-mêmes voudront mettre en débat. Voilà ce que seront les nouvelles étapes de la démocratie.


La République, elle est laïque. Je dis mon attachement à cette belle valeur, à ce grand principe qui n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion. C’est le fondement du vivre ensemble. La laïcité protège la liberté individuelle la plus intime, la plus précieuse : la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire. Elle protège l’égalité des femmes et des hommes entre eux. Elle protège contre les influences, contre les violences. Et c’est pourquoi j’ai proposé d’inscrire dans notre constitution les principes de la loi de 1905 : pour que le respect de ces principes puisse se traduire autant qu’il sera possible dans notre droit.

 

Published by FDESR 62 - - Présidentielles 2012

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